Si ma famille réside en Provence,
moi, je vis dans une jolie région de la vallée de l'Eure,
à quelques kilomètres de Chartres.
Voici justement une histoire qui parle de Chartres:
* Découvrir le château de Maintenon chez Michka
* Les bords de l'Eure, à Chartres, chez Patrick
Lire des légendes de la Beauce et du Perche :
" Le loup gobeur et le renard rusé"
Une toute petite ville
Jacques MercierJ'habite loin, loin de Paris
Une toute petite ville.
Pas de métro, pas de taxi,
Elle n'a qu'une rue tranquille.
Nous n'avons pas de tour Eiffel
Mais un clocher à notre église.
Parfois s'installe un carrousel
Près du marchand de friandise.
On trouve aucun pont Mirabeau,
Aucune Arche de la Défense,
Mais un étang et un ruisseau,
Que l'on connaît depuis l'enfance.
LE PAYS
Charles-Ferdinand Ramuz
C'est un petit pays qui se cache parmi
ses bois et ses collines;
il est paisible, il va sa vie
sans se presser sous ses noyers
il a de beaux vergers et de beaux champs de blé,
des champs de trèfle et de luzerne,
roses et jaunes dans les prés,
par grands carrés mal arrangés;
il monte vers les bois, il s'abandonne aux pentes
vers les vallons étroits où coulent des ruisseaux
et, la nuit, leurs musiques d'eau
sont là comme un autre silence.
LES MAISONS
Charles-Ferdinand Ramuz
Les vieilles maisons sont toutes voûtées,
elles sont comme des grands-mères
qui se tiennent assises, les mains sur les genoux,
parce qu'elles ont trop travaillé dans leur vie
mais les neuves sont fraîches et jolies
comme des filles à fichus
qui, ayant dansé, vont se reposer
et qui se sont mis une rose au cou.
Le soleil couchant brille dans les vitres,
les fumées montent dévidées
et leurs écheveaux embrouillés
tissent aux branches des noyers
de grandes toiles d'araignées.
Et, pendant la nuit, sur les toits,
l'heure du clocher dont les ressorts crient –
et le poids descend –
s'en va vers les champs
et réveille subitement
toutes les maisons endormies.
J'aime la Ville
Andrée Chédid
J'aime la Ville
Ni facile
Ni tranquille
Avec son va-et-vient
Que personne ne retient
J'aime la Cité
Qu'elle soit mystère
Ou solaire
Avec ses visages
Tous de passage
J'aime la Capitale
Ses impasses ses boulevards
Le bonheur d'une fontaine
Les plaisirs du hasard
La beauté de la Seine
Ses arbres sous le brouillard
J'aime Paris
Souveraine
Toutes ses vies en mouvement
Toutes ces minutes urbaines
Que disperse le temps
J'y chemine
Anonyme
Aussi libre
Que le vent !

RECETTE
EUGENE GUILLEVIC
Prenez un toit de vieilles tuiles
Un peu avant midi.
Placez tout à côté
Un tilleul déjà grand
Remué par le vent.
Mettez au-dessus d'eux
Un ciel de bleu, lavé
Par des nuages blancs.
Laissez-les faire.
Regardez-les.
L’embouteillage
Jacques CHARPENTREAU
Feu vert Feu vert Feu vert !
Le chemin est ouvert !
Tortues blanches, tortues grises, tortues noires,
Tortues têtues Tintamarre !
Les autos crachotent,
Toussotent, cahotent
Quatre centimètres
Puis toutes s’arrêtent.
Feu rouge Feu rouge Feu rouge !
Pas une ne bouge !
Tortues jaunes, tortues beiges, tortues noires,
Tortues têtues Tintamarre !
Hoquettent, s’entêtent,
Quatre millimètres,
Pare-chocs à pare-chocs
Les voitures stoppent.
Blanches, grises, vertes, bleues,
Tortues à la queue leu leu,
Jaunes, rouges, beiges, noires,
Tortues têtues Tintamarre !
Bloquées dans vos carapaces
Regardez-moi bien : je passe !
L'automobile
Pierre Gamarra
Une jeune automobile
pour la première fois se promenait en ville,
fière de ses fraîches couleurs,
de ses chromes, de son moteur.
_ Ah ! disait-elle à ses sœurs,
_ voyez comme je suis belle !
Je peux filer pareille à l'hirondelle
plus vite que le vent et je peux m'arrêter
au moindre coup de frein.
Je suis, en vérité, la championne de la distance,
de la grâce et de la prestance
et de la rapidité.
Or, sachez que je ne dépense
qu'un peu d'huile et qu'un peu d'essence.
Je glisse sur mes quatre pneus
comme sur un tapis laineux,
franchissant les coteaux, les montagnes, les plaines...
On m'admire partout ; partout, je suis la Reine.
On ne saurait rêver plus splendide cadeau.
Une très vieille torpédo qui sommeillait au garage,
grommela sur son passage :
_ Je n'en disconviens pas. Tout ceci est fort bien,
tu vas, tu viens,
tu vires
mais tu ne servirais de rien
sans un chauffeur pour te conduire.
Grand standigne
RAYMOND QUENEAU
Un jour on démolira
Ces immeubles si modernes
On en cassera les carreaux
De plexiglas et d'ultravitre
On démontera les fourneaux
Construits à polytechnique
On sectionnera les antennes
Collectives de télévision
On dévissera les ascenseurs
On anéantira les vide-ordures
On broiera les chauffoses
On pulvérisera les frigidons
Quand ces immeubles vieilliront
Du poids infini de la vieillesse des choses.
Le chantier
Jane DELIGNAC
Deux grues,
Ferrailles et contre-poids,
Font le pied de grue,
A l'ombre de mon toit.
Elles attendent les hommes,
Les hommes qui les manœuvrent,
Pour nous faire à pied d'œuvre
Un semblant de chef-d'œuvre.
Soudain, c'est la sirène :
Un autre jour commence,
Avec la vie qu'il ramène
Le calvaire recommence.
Pétarades de moteurs...
Scies, perceuses électriques...
Marteaux piqueurs...
Et engins mécaniques...
Pour les voisins que nous sommes,
Jusqu'en nous les bruits résonnent.
Enfin,
Voici midi qui sonne !
Dans le chantier assoupi,
Ne verrons plus personne
Pour deux heures de répit.
Dans cette ville
Béatrice Tanaka
Dans cette ville, il y a une rue tordue.
Dans cette rue, il y a une maison marron.
Dans cette maison, il y a un petit jardin en coin.
Et dans ce jardin, un magnolia sépia.
Et dans le magnolia, il y a un nid joli.
Dans le nid, il y a un œuf tout neuf;
Et dans l'œuf, il y a un lapin malin.
Qui bondit, atterrit sur ton nez retroussé.
Merci au dictionnaire
Jean Joubert
Merci de m’avoir donné
à l’heure du soleil levant
le mot semailles
et que le mot ainsi reçu,
du grain semé, du grain germé
ait aussitôt jailli
une moisson d’images :
terre rouge des labours,
fourrure verte du printemps,
coquelicots, nielles, bleuets,
barbe blonde de l’épi,
gerbe dorée, angélus,
lourde meule du moulin
et dans la maison d’enfance
l’odeur du feu et du pain.
Donnez-moi
PHILIPPE SOUPAULT
Donnez-moi je vous prie
Vos ciseaux
Vos couteaux
Vos sabots
Vos bateaux
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie
Donnez-moi je vous prie
Vos cisailles
Vos tenailles
Vos ferrailles
Vos canailles
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie
Donnez-moi je vous prie
Vos fusils
Vos habits
Vos tapis
Vos ennuis
Je rémoule et je fuis.
Présentation de la Beauce
Charles Péguy
(extrait)
Étoile de la mer voici la lourde nef
Où nous ramons tout nus sous vos commandements;
Voici notre détresse et nos désarmements;
Voici le quai du Louvre, et l'écluse, et le bief.
Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos degrés comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape.
Étoile du matin, inaccessible reine,
Voici que nous marchons vers votre illustre cour,
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l'océan de notre immense peine.
Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire.
Semailles en Beauce
Emile Zola
Jean, ce matin-là, un semoir de toile bleue noué sur le ventre, en tenait la poche ouverte de la main gauche, et, de la main droite, tous les trois pas, il prenait une poignée de blé que d’un
geste, à la volée, il jetait. Ses gros souliers trouaient et emportaient la terre grasse, dans le balancement cadencé de son corps.
…Seul, en avant, il marchait, l’air grandi; et derrière, pour enfouir le grain, une herse traînait lentement, attelée de deux chevaux qu’un charretier poussait à longs coups de fouet réguliers,
claquant au dessus de leurs oreilles.




