
Juin... Les grandes vacances approchent !
Voici une histoire, pour la fête des pères,
aux couleurs de Provence.
Je l'ai écrite en pensant à ma famille
et à une petite ville (Lorgues) où chantent les cigales.
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Un marché de Provence
Les illustrations sont de
Catherine Bastère-Rainotti.

chez Pascaly

Un dossier sur les fruits et les légumes
Le goût, les cinq sens
LA CIGALE
Paul Arène
L'air est si chaud que la cigale,
La pauvre cigale frugale
Qui se régale de chansons,
Ne fait plus entendre les sons
De sa chansonnette inégale.
En rêvant qu'elle agite encor
Ses petits tambourins de fée,
Sur l'écorce des pins chauffée
Où pleure une résine d'or,
Ivre de soleil, elle dort.
LES Marchés DE PROVENCE
G. Bécaud
Il y a tout au long des marchés de Provence
Qui sentent, le matin, la mer et le Midi
Des parfums de fenouil, melons et céleris
Avec dans leur milieu, quelques gosses qui dansent
Voyageur de la nuit, moi qui en ribambelle
Ai franchi des pays que je ne voyais pas
J'ai hâte au point du jour de trouver sur mes pas
Ce monde émerveillé qui rit et qui s'interpelle
Le matin au marché
Voici pour cent francs du thym de la garrigue
Un peu de safran et un kilo de figues
Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches
Ou bien d'abricots ?
Voici l'estragon et la belle échalote
Le joli poisson de la Marie-Charlotte
Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande
Ou bien quelques œillets ?
Et par dessus tout ça on vous donne en étrenne
L'accent qui se promène et qui n'en finit pas...

Le golfe du Lion
Henri Bosco
Le golfe du Lion
est piqué tout entier de balancelles roses
qui traînent des filets immenses ou qui posent
çà et là des nasses de fond.
C'est le printemps, la mer est tendre,
elle monte, elle va s'étendre
jusqu'aux îles du Rhône où vivent les taureaux,
puis sous les amandiers, les mûriers et les figues,
jusqu'à l'étang de Berre où le bleu de ses eaux
bat la colline des Martigues.

LA TOMATE
Charles DOBZYNSKI
Trop timide, la tomate
devient écarlate
quand on lui dit qu'elle est belle.
Un rien l'épate,
elle se dresse sur ses pattes
pour imiter les hirondelles.
Elle rêve d'avoir des ailes,
s'arrondit, se gratte,
se gonfle d'eau, se dilate,
mais à chaque fois ça rate :
aucune plume ne pousse
à son épaule tendre et douce.
La tomate échec et mat,
se résigne, s'acclimate,
mais sous son air ombrageux,
puisque le ciel est paradis perdu,
elle mijote dans son jus
d'aromates,
un songe rouge et nuageux.
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Le chou
Charles Dobzynski
Un chou se prenant pour un chat
léchant son museau moustachu,
sa bedaine de pacha,
à ses feuilles s'arracha,
pour prouver que sous son poncho
couleur d'artichaut,
son pelage était doux et chaud,
sa queue de soie, sa robe blanche.
En miaulant à belle voix,
le chou se percha sur un toit,
puis dansa le chachacha
de branche en branche.
Or, le chou n'était pas un chat
aux pattes de caoutchouc,
sur la ramure il trébucha
et c'est ainsi que le chou chût
fâcheusement et cacha
sa piteuse mésaventure
dans un gros tas d'épluchures.

Le vendeur de murmures
Philippe Garnier
Il était une fois
Le vendeur de murmures.
Il murmurait la nuit donc
à la demande
du bout des dents
en une étrange litanie
les phrases confiées la veille à son oreille
et dont il avait la prudence
professionnelle
d'inscrire les commandes
dans des carnets
toujours petits
et qu'il parfumait
tantôt à la lavande
tantôt au patchouli.
C'est qu'il n'avait jamais voulu user lui
comme les vendeurs de cris
de ces vastes camions d'amplification
qui sillonnaient le pays à grand renfort de klaxons
néons
haut-parleurs et enseignes.
Ce qu'il vendait on l'entendait à peine.